Vivências do Minho : quand le folklore portugais se réinvente pour toucher les cœurs
Écrit par Carla Belluot le 21/04/2026
Fondée en février 2015 et basée à Tourcoing, dans la région lilloise, l’association Vivências do Minho n’est pas un groupe folklorique comme les autres. Sa fondatrice et directrice artistique, Virginie, porte une vision exigeante et singulière du patrimoine portugais, celle d’une reconstitution historique vivante, immersive, et profondément humaine.
Tout commence avec une histoire familiale, et même une histoire de transmission sur deux générations. Virginie grandit au sein de l’association présidée par sa mère, Madame Angelina Fernandes Da Silva, qui œuvrait déjà pour les traditions portugaises de 1982 à 1996. Virginie, dont les parents sont originaires du nord du Portugal, grandit entourée de récits, d’images et de souvenirs d’un pays qu’elle connaît intimement. C’est cette mémoire-là, ancrée dans la région du Minho, qu’elle décide un jour de mettre en scène et de partager. En 2015, Vivências do Minho voit le jour avec une ambition claire : représenter le Portugal du nord tel qu’il était entre 1880 et 1920, dans toute sa richesse sociale, culturelle et humaine.
Cette période de bascule, au tournant du XIXe et du XXe siècle, est celle des faucheurs et des lavandières, des fêtes patronales animées de vendeurs ambulants, des chœurs polyphoniques chantés par des femmes dans les villages, des bals du dimanche où les corps et les cœurs se retrouvaient. C’est ce Portugal-là que Virginie veut faire continuer à vivre. Non pas dans une vitrine muséale figée, mais sur scène, vivant, palpitant, capable d’émouvoir.
Bien plus qu’un groupe de danse
Ce qui distingue Vivências do Minho du folklore traditionnel tel qu’on le conçoit souvent, c’est précisément son refus de se cantonner à un enchaînement de danses en costumes. « Quand on fait juste du folklore, des danses les unes après les autres, on n’arrive pas forcément à atteindre les gens par l’émotion », explique Virginie. C’est de cette conviction qu’est née une approche résolument théâtrale et scénographique. Ses spectacles à thèmes convoquent plus de 25 acteurs en costumes d’époque, une musique jouée en live, une bande sonore d’ambiance pour reconstituer les bruits du quotidien d’autrefois : le marché, les champs, la fête.
Des moments de rire, de tendresse, parfois d’émotion vraie, sont soigneusement tissés dans le récit. « Je travaille mes spectacles pour qu’il y ait des moments de rigolade, de l’émotion, pour capter toutes ces choses-là », dit-elle. Virginie cite d’ailleurs volontiers le Puy du Fou comme source d’inspiration, non pas pour en copier la forme, mais pour en adopter l’esprit : raconter l’histoire d’un pays à travers une mise en scène qui touche, qui surprend, qui transporte. « Ce qui est bien fait chez eux, c’est que la musique permet de créer une émotion. Nous, on parle de l’histoire du Portugal, c’est un peu la même base. »
Vivências do Minho ne s’annonce pas, elle surgit. L’association intervient principalement dans des événements privés (mariages, anniversaires, fêtes de famille) pour apporter un moment de surprise et de partage autour des traditions portugaises. La nature même de ces interventions impose une discrétion presque totale : l’association n’annonce généralement pas ses prestations à venir sur les réseaux sociaux, pour ne pas gâcher l’effet de surprise soigneusement préparé. Imaginez une fête de famille franco-portugaise, et l’irruption soudaine de danseurs en costumes d’époque, de musiciens jouant des airs du Minho, de chanteurs portant les vieux chœurs polyphoniques, le genre de moment que l’on n’oublie pas.
Pour les événements publics, l’association a marqué les esprits à plusieurs reprises. On retient notamment sa participation aux 20 ans du groupe folklorique, Margens do Lima, de Choisy-le-Roi, où elle avait su démontrer cette façon différente, plus incarnée, de présenter le folklore portugais. Et puis, en octobre 2025, une étape importante : la participation au Festival Lusophone de Bruxelles, aux côtés de groupes venus du Portugal et de Belgique. Là-bas, l’approche immersive de Vivências do Minho, musique live, acteurs, bande sonore d’ambiance, a visiblement suscité une curiosité bien méritée. « C’était quelque chose qu’ils n’avaient pas encore vu », se souvient Virginie avec une satisfaction tranquille.
Transmettre, malgré tout
La question de la transmission aux jeunes générations est, pour Virginie, à la fois une réalité et un défi lucidement accepté. Elle observe que les jeunes d’origine portugaise sont surtout attirés par les moments festifs et fédérateurs, notamment le football, la gastronomie, les grandes célébrations plutôt que par la reconstitution historique en tant que telle. « Je rassemble uniquement des personnes qui sont sensibles à cette spécificité », reconnaît-elle, sans amertume.
Car l’association n’a jamais prétendu plaire à tout le monde. Elle s’adresse à ceux qui ressentent quelque chose à l’idée de retrouver, dans un chant polyphonique ou dans le pas d’une danse ancienne, l’écho d’un monde disparu. Et ils sont là, ces passionnés, fidèles, porteurs d’une mémoire qu’ils ne veulent pas voir s’effacer.
Du côté des soutiens institutionnels, la commune de Tourcoing prête une salle pour les répétitions, un coup de pouce précieux. La recherche de partenaires pour aider l’association est un nouveau challenge que Virginie se donne.
Au-delà du patrimoine et de la scène, Vivências do Minho est une aventure profondément humaine. Virginie parle avec chaleur de ce que l’association lui apporte personnellement : des compétences, des connaissances, des rencontres, des défis permanents. Chaque nouvelle configuration, chaque nouveau public, chaque difficulté imprévue devient une occasion d’apprendre et de progresser. « C’est toujours de la nouveauté, du challenge en permanence, des découvertes, des rencontres, des réussites », résume-t-elle.
C’est peut-être là le secret de cette association : elle est vivante parce que sa fondatrice l’est, curieuse, exigeante, mue par une passion sincère pour un pays, une époque, une façon d’être ensemble. Dans un monde où le folklore est souvent « réduit » une image figée dans le temps. Virginie et Vivências do Minho rappellent que la tradition, lorsqu’elle est portée avec intelligence et amour, peut encore faire battre les cœurs.
Pour en savoir plus sur l’association ou solliciter une prestation : vivenciasdominho.com
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